FESTIVAL DU NOUVEAU CINÉMA 2019

The Twentieth Century de Matthew Rankin

Histoire alternative du Canada moderne

Avec The Twentieth Century (Québec, Canada), Matthew Rankin voulait se moquer de l'artificialité du projet canadien et de sa profonde quête pour la médiocre simplicité. C'est ce que le réalisateur d'origine manitobaine a expliqué au public conquis après la première québécoise de son premier long-métrage, au Festival du nouveau cinéma, le 13 octobre dernier. Défi réussi haut la main! Après avoir maintes fois plongé dans la vie de grandes figures historiques pour ses courts-métrages (les sublimes Mynarski Chute Mortelle et Tesla : Lumière Mondiale étant deux exemples notables), Rankin s'attaque ici à Mackenzie King, premier ministre Canadien d'extrême-centre ayant régné pendant 21 ans, un record toujours inégalé. Toutefois, le réalisateur prend de très grandes libertés avec la vie de King, se basant plutôt sur ses journaux intimes pour raconter l'histoire d'un jeune homme insécure cherchant d'abord l'approbation maternelle à travers la réussite politique. 

 

The Twentieth Century a des allures de pamphlets propagandistes soviétiques/nazis. S'inspirant de l'impressionnisme allemand de Robert Wiene, le film, entièrement tourné en studio, nous offre d'impressionnants décors (saluons le travail de Dany Boivin), mis en images avec brio par le directeur photo Vincent Biron. Impossible pour le public de ne pas être envouté par une proposition esthétique aussi singulière qu'extravagante. Une comparaison à l'univers de son contemporain Winnipégois Guy Maddin est inévitable, mais Rankin réussit à s’en distancer par une vision de l'histoire complètement loufoque qui lui est bien propre. Le réalisateur nous offre un Canada parallèle où le débat sur la conscription devient une guerre civile entre la rage colonialiste du Canada anglais et le désir quasi-cultiste de paix et d'amour du Canada français. Parmi les scènes les plus réussies du film, notons celles où les aspirants au poste de premier ministre doivent s'affronter dans une série d'épreuves physiques des plus ridicules, peignant un portrait dérisoire de notre système politique, mais offrant également une bonne dose d'humour, chose dont le film en général ne manque pas.

 

Si le scénario surréaliste de Rankin fonctionne aussi bien, c'est grâce à la passion avec laquelle la très solide distribution le défend. Tous les acteurs se prêtent à fond au jeu! Les performances de Dan Beirne, dans le rôle de Mackenzie, et celle de Louis Negin, dans le rôle de sa mère, percent particulièrement l'écran. L'immense ambition du visionnaire Matthew Rankin fait de The Twentieth Century une œuvre unique et marquante dans notre cinématographie nationale, oeuvre qui ne laissera personne indifférent. Tout le contraire du principal intéressé, Mackenzie King, que l'auteur Francis Reginald Scott a déjà décrit, dans son poème W.L.M.K., comme un fils à maman sans ambition qui n’a même pas la vision nécessaire pour percer l'écran de fumée de ses propres politiques. Comme Rankin l'a fait sur scène, The Twentieth Century peut être résumé par les vers closant ledit poème :

Érigeons un temple

Au culte de la médiocrité,

Ne faites rien à moitié

Quand vous pouvez le faire au quart.

The Twentieth Century

Section : Compétition nationale

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Long-métrage, fiction

Québec, Canada | 90 minutes | 2019

Version originale anglaise et française

Réalisé par Matthew Rankin

Fiche FNC: ICI

Du 9 au 20 octobre

 

Billetterie en ligne: ICI

 

nouveaucinema.ca

 

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