GROUND

Corps + Gravité à l‘Agora de la danse

Le corps en mouvement, régi par ces lois que nous ne pouvons voir, mais qui pourtant déterminent une partie de notre vivant... C’est ce qu’explore GROUND, présenté à l’Agora de la danse jusqu'au 27 octobre.

 

5 individus distincts bougeant en symbiose et créant une masse. 5 trampolines qui les mettent chacun en mouvement perpétuel, dans la gravité qui les unit, nous unit.

GROUND est l’aboutissement d’un travail qui a germé il y a deux ans, travail qui a d’abord demandé beaucoup de recherches sur les rythmes circadiens puis, sur la relation du corps en rapport avec la gravité. Pour ceux qui ne seraient pas familier avec le terme « rythme circadien », il s’agit en fait de notre horloge interne, de notre cycle naturel instinctif, qui d’ailleurs, se trouve en tout être vivant. Qu’on le veuille ou non, notre corps vit de grands cycles, dictés par cette petite horloge qui se trouve dans le cerveau et qui nous interrelie par cette biologie. Ici, nul besoin de mentionner que la chorégraphe Caroline Laurin-Beaucage est fascinée par le corps humain qu’elle tente de libérer de ses codes sociaux. 

 

Ensuite, il y eut le rapport avec le trampoline. Le rebond, la posture, comment la gravité tombe dans le corps. Il faut dire que la performance est extrêmement demandante physiquement pour les danseurs, qui ont dû apprivoiser l’appareil, petit à petit, pour que le corps ait l’endurance nécessaire à cette prouesse. Le saut sur trampoline donne une espèce d’énergie, mais il faut avoir le bon tonus pour pouvoir exécuter des mouvements sans se blesser et sur une aussi longue période de temps. Ils ont dû faire l’apprentissage de leur fatigue et de leur physionomie pour arriver à la symbiose qu’il nous est possible de voir. Rebondir ensemble est déjà un défi, mais comment relâcher le corps dans ce rebond qui a tendance à le faire crisper, en est tout un autre!

Obsessive, captivante, la performance révèle les dynamiques et les interdépendances inconscientes d’un corps social. 

GROUND est totalement hypnotisant. La chorégraphie est sans répit et toute la conception autour vient jouer avec l’illusion du temps et de l’espace. On assiste à une alternance de synchronisme et de dérèglements, dans un effort à se tenir ensemble dans la fatalité humaine. Et, il faut souligner le travail exceptionnel des danseurs qui en sont interprètes! La conception sonore, épurée et élaborée, est parfois paisible, planante ou angoissante. La luminosité joue sur les rythmes, donnant des impressions de mouvements du temps, de jours qui passent. Les effets lumineux, qui viennent en soupçons, diffus durant la performance, sont incroyablement beaux! Il y en a juste assez pour nous garder sur l’envie d’en voir d’autres. Somme toute, l’équipe de conception n’est passée à côté d’aucun détail. Tout est extrêmement bien uni!

 

La pulsation est constante et il semble d’abord étrange de rester immobile et spectateur devant toute cette cadence. Puis, vient un temps ou notre cerveau a de la difficulté à processer clairement ce mouvement continu et c’est comme si nous figions dans le temps. C’est vraiment captivant! Quand ça se termine, il en est presque irréel de retourner au monde extérieur.

Comme pour la majorité des présentations à l’Agora de la danse, l’oeuvre est offerte pour 4 soirs seulement. Et, tout ce travail mérite franchement d’être vu par le plus grand nombre! La création/spectacle qu’est GROUND saura certainement vous fasciner au niveau du conscient et de l’inconscient, parce qu’après tout, c’est de notre condition humaine dont il est question. Nous vous encourageons fortement à aller y passer une heure déstabilisante et hors du temps en votre vendredi ou samedi soir!

De Caroline Laurin-Beaucage + Montréal Danse

24 au 27 octobre 

 

À l’Agora de la danse

 

Durée: 1h

 

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